Gerard
Manset - L'Enfant Soldat
Enrôlé de
force
Quelques coups de crosse
Sur un visage d'enfant
C'est comme un fruit
qui se fend
Dans la jungle pire encore
Mais que rien n'interdira
Vivant dans son trou
comme un rat
Mais que rien n'interdira
Car j'ai vu son visage
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture des
villes
Nouveau Tchernobyl
De bave et de bile
Mais à nos portes
qui se presse
Le chloroforme et la
compresse
Dans la jungle pire encore
Mais que rien n'empêchera
Vivant dans son trou
comme un rat
Vivant comme un enfant
soldat
Car j'ai vu son visage...
Kilomètre 20
Ils étaient bien
vingt
Les cheveux rouges comme
de l'étoupe
Avec la machette, le
coupe-coupe
Je l'ai posé près
de la route
C'est cette eau sale
qu'il a bue
Cadavres de chiens, de
zébus
C'est cette eau sale
qu'il a bue
Car j'ai vu son visage...
Une chaleur atroce
Le ciel qui se teinte
en gris
Enrôlé de
force
De Lagos à Conakry
Quelques coups de crosse
Ces lèvres noires
qui me sourient
Dures comme de l'écorce
De Lagos à Conakry
Dans la jungle pire encore
Car j'ai vu son visage
Gerard Manset
- Jardin Des Délices
Quand le monde autour
de toi aura tant changé
Que toutes ces choses
que tu frôlais sans danger
Seront devenues si lourdes
à bouger
Seront devenues des objets
étrangers
Où l'a-t-on rangé
Ce bout de verger
Avec ses fleurs grimpantes
Sa lumière en
pente
Couleur de dragée
Quand le monde autour
de toi sera mélangé
Que le drap de ta chambre
dans l'ombre restera plongé
Que viendra la nuit aux
pourpres orangés
Et sans rien de plus
peut-être pour te protéger
Où l'a-t-on rangé
Ce bout de verger
Avec sa glycine
Comme une racine
Dans la terre plongée
Jardin des délices
Tourne comme une hélice
Dans le fond du crâne
Tourne comme une hélice
Gerard Manset
- Obok
Je ne suis pas de chez
vous Vous n'êtes pas de chez moi Mais comme on se fait à tout
Je me retourne quelquefois Comme je vais sans vous
On peut tendre mille
fois la joue
Fendre son manteau
On peut porter sa croix
Moi je l'ai portée
voyez-vous
D'Obock à Lalibela
J'en garde quelques clous
Plantés, plantés
Je ne suis pas de chez
vous De vos sages vos marabouts, Qui lisent dans les viscères Pas
de ce siècle qui bout Comme une marmite de fer Un potage sans goût
On se retourne tout à
coup
Comme on voudrait fendre
du bois
Mettre le feu à
tout
Comme je l'ai mis voyez-vous
D'Obock à Lalibela
J'en garde quelques coups
Plantés, plantés
De la colline de Saint-Cloud
Je me retourne quelquefois Le bateau va sans mât Comme je vais sans
vous Que vous allez sans moi |